Chopper ! Eternelle et magnifique excentricité..

Ambiance & Philosophie

Les années 1930 - 1940 sont celles du « Bob-Job ». La recette est simple et découle de la modification d’une moto basique de l’époque (Harley-Davidson, Indian, Triumph, BSA, etc.) pour en faire un bolide de course sur piste.

Après la seconde guerre mondiale, un autre style supplante le « Bob-Job » sur fond de « Beat Génération » et de Rock’n’Roll. C’est l'avènement de l’ère du chopper qui connaît son apogée de la fin des années 1950 jusqu’à la fin des années 1960. Il se différencie du Bobber, son aîné, par la modification de son cadre et la présence d'une longue fourche.

Nous sommes donc au temps de la contre-culture hippie qui définit ses propres codes vestimentaires et communautaires. Le « Faîtes l’amour mais pas la guerre » annonce une philosophie tout à fait pacifiste, prônant notamment l’arrêt de la guerre du Vietnam. Sur fond de liberté, la consommation d’acide, de cannabis ou autres hallucinogènes devient monnaie courante et le sexe s’ouvre aux approches les plus rigides.

Chez nous, Antoine et ses cheveux longs « élucubrent » sur la vie aussi morne que bien rangée promise par papa et maman à leur rejeton adoré. Le point d’orgue de ce mouvement qui va durer une grosse décennie est le festival de Woodstock (1969) durant lequel Michael Lang, l’organisateur principal, parcourt le site au guidon d’une.. BSA B 44 VS issue d’une base de scrambler adaptée au tout terrain. Nul n’est parfait !

Do It Yourself ! (Fais-le toi-même)

Le chopper est donc, outre l’un de ces nombreux épisodes de customisation générés aux U.S.A, la traduction mécanique et esthétique de la revendication d’un modèle de vie simple et sans contrainte. Il voit le jour à l’époque où le progrès édulcore la difficulté des tâches quotidiennes. Le confort arrive dans les chaumières, tout comme dans le monde de la moto, avec notamment des marques pérennes qui cherchent à fidéliser le client par des machines de plus en plus abouties. A contre-courant, le chopper s’affiche minimaliste, comme un pied de nez à cette course à l’embourgeoisement, à une vie d’automate rythmée par le « tramway - boulot - dodo » pour la classe d’en bas et le « m’as-tu vu » pour celle d’en haut.

A ses débuts le chopper n’échappe pas à la tendance de la « bobérisation ». Les moteurs sont dopés dans l’illégalité la plus totale et la carosserie est allégée pour rendre les bolides plus performants. Mais par la suite, des règles plus esthétiques que performancielles caractérisent le chopper. Conçu dans des garages de particuliers, si sa production est artisanale elle tend malgré tout vers l’art. Le style est très critiqué par les marques qui ont pignon sur rue et voient d’un mauvais œil le développement d’une tendance qu’elles ne maîtrisent pas, mais surtout qui ne leur rapporte pour l’instant aucun profit.

En tout cas, plus question de vitesse avec un angle de chasse qui tend vers l’angle plat et une position, buste relevé, sur un cadre rigide qui renvoie les moindres aspérités de la route aux vertèbres. Ces dernières sont alors les seuls amortisseurs de l’ensemble, car les dispositifs d’amortissement de la bécane, lorsqu’elle en est dotée par construction, prennent place sur une étagère au fond du garage. Et comme parfois le frein avant rejoint également les amortisseurs sur l’étagère au fond du garage, on est sur une machine « total look », au détriment du confort et de la performance.

 

Mais quel est donc cet « engin de parade » ?

« To chop » veut dire couper, annonçant ainsi l’aspect artisanal de la fabrication du chopper historique, qui repose d’abord sur le découpage ou plutôt le « désossage » des pièces originelles d’une machine basique. Une fois nu, il faut parer le futur chopper de ses nouveaux atours qui proviennent de tout type de deux roues, ou bien sont fabriqués sur mesure par les amateurs du genre.

Ce n’est que plus tard, vers la fin des années 1960, que l’industrie produit des pièces pour chopper. Arlen Ness en dessine quelques-unes pour des préparateurs. Ainsi, les principaux composants rajoutés au chopper aboutissent à la création d’une machine aussi fine qu’épurée, mettant avant tout le moteur en valeur.

 

Les pièces du chopper historique

Une fourche allongée, avec un angle de chasse important et parfois une longueur qui interdisent le « parkage » en épi afin d’éviter que la roue avant ne stationne au milieu de la chaussée. Pour la réaliser, tout est histoire de débrouille, notamment pour trouver des barres forgeables faisant office de fourche. Par la suite, les longues fourches Springer équipent quelques machines à la fin des années 50. Enfin, au début des années 1960, des fourches encore plus longues donnent à la bécane un look extravagant, du style « ma roue prend le virage avant moi ».

Les fourches Girder, du nom de l’inventeur, équipent principalement des Indian, mais de façon plus confidentielle. Les préparateurs ne manquent pas d’idées et ne sont jamais à court de ressources. Ainsi, pour prolonger les premières fourches, ils utilisent des tirants de direction de Ford A.

Le guidon ne répond à aucun code particulier. Cette pièce essentielle à qui l’on demande simplement d’embellir la ligne du chopper et parfois de faire virer la moto autorise deux positions principales. S’il est plat, vous êtes penché sur l’avant, vous avez des lombaires ainsi que des abdominaux de gymnaste et si l’envie de vous gratter le menton vous prend les genoux ne sont pas loin pour le faire. S’il est haut (Ape Hanger), vous avez les épaules de Teddy Riner et les aisselles ventilées.

Pour la petite histoire, les premiers guidons Ape Hanger sont réalisés à partir de pieds chromés de tabourets de bar. Les mains sont aussi plus près des étoiles sur des guidons rehaussés avec les Dog Bones de chez Flanders. Il n’est pas rare de trouver des commandes avancées pour ceux qui trouvent le courage d’abattre des kilomètres et recherchent pour cela une position plus confortable.

La selle est en général une monoplace. « Bates » est la marque américaine privilégiée et déjà utilisée par Harley-Davidson du fait de son confort relatif en raison de son rembourrage. Ce petit détail n’est pas un luxe sur les premiers choppers.

Plus rarement, on trouve une selle biplace sur laquelle la passagère domine le pilote d’une tête du fait de son étagement. Mais dans les deux cas, les cervicales flirtent avec les lombaires au bout de quelques kilomètres compte tenu de la rigidité du cadre. Donc, aucune illusion à se faire sur la fidélité de sa passagère. Le premier camionneur croisé sur une aire autoroutière n’aura aucun mal à faire passer les sièges de son « titan » pour des fauteuils haut de gamme par rapport à l’enclume qui fait office de selle sur notre chopper.

 

 

Un sissy-bar prolonge le siège. Il tutoie le ciel et sert de point d’accrochage et de calage aux bagages, vu que la passagère s’est barrée. Il est initialement orné de divers symboles significatifs ou purement décoratifs qui sont parfois de véritables œuvres d’art.

Les pots d'échappement sont très (trop ?) sonores. Ceux qui équipent les premiers choppers sont assez longs et inclinés vers le haut. On les appelle les « fishtails » en raison de leur forme en queue de poisson. Cette mode est passée, des artistes comme Kimura les ont fait évoluer au grès de leur inspiration.

Les pneus sont étroits (18 ou 19 pouces à l’arrière - 19 ou 21 pouces à l’avant) et chaussent des roues aux diamètres accrus donnant à la machine un air élancé.

Le cadre est le squelette du chopper et la plupart du temps, comme nous l’avons déjà dit, rigide. Cette absence d’amortisseurs n’est pas liée à une coquetterie de l’esprit. Elle est due tout simplement au fait que les premières suspensions n’arrivent dans le monde de la moto qu’à la fin des années 1950, notamment chez Harley-Davidson, qui est le principal pourvoyeur de cadre à l’époque. Le retrait des amortisseurs sur les cadres plus modernes témoigne de la recherche de l’authenticité, au mépris de l’intégrité des vertèbres coccygiennes pourtant si utiles pour lier d’amitié son postérieur avec une chaise. D’autres cadres rigides spécialement faits pour les choppers apparaissent dans les années 1960. Les américains en fabriqueront même pour les 4 cylindres en ligne japonais.

Le moteur détermine la ligne de la bécane car il est la pièce centrale dont la forme n’est pas modifiable, ou très peu, autour de laquelle viendront se greffer les autres pièces, dans le respect d’un équilibre esthétique et fonctionnel. A l’origine, les plus utilisés sont des moteurs Harley-Davidson (Flathead-Knucklehead-Panhead), mais aussi des moteurs de Triumph.

Le réservoir est minimaliste dès la fin des années 1940 autant pour alléger la machine que pour l’affiner. Les réservoirs de 125 cc de scooter font l’affaire et sont fixés au milieu du cadre. Il ne reste plus qu’à bien repérer les stations-service. Mais ces réservoirs à essence peuvent également être détournés de leur vocation initiale pour se transformer en bac à huile, il parait qu’il en faut ! Ils prennent alors place sur le cadre avec la seule contrainte esthétique.

La peinture est personnalisée selon les goûts et les symboles du moment. J’ai vu très récemment de très belles réalisation sur de petites concentrations en région parisienne.

Le garde-boue avant ayant carrément disparu, seul le garde-boue arrière est conservé, mais raccourci. Parfois, on y fixe un petit siège, mais pas de panique, il n’est pas destiné au passager. En réalité, c’est le conducteur qui l’utilise lors des courses de vitesse afin d’adopter une position plus aérodynamique. Avec une telle protection contre les projections, mieux vaut avoir une inébranlable confiance en la météo, sa machine à laver et sa lessive.

Le chrome finit d’embellir le chopper. La tendance date des années 1950 et s’applique aux fourches, aux pots d’échappement, aux réservoirs, aux cadres et plus rarement aux moteurs du fait des effets thermiques.

Et l’éclairage me direz-vous ? Et bien on se sert sur étagère, tout y passe, les feux de voitures, de motos, de caravanes, voire de camions

 

Le chopper de série

Le chopper a le vent en poupe. Comme il y a de l’argent à gagner dans le filon, les marques sortent alors des ersatz de choppers. Ersatz, car lorsqu’on produit des motos en série, il faut pour les vendre leur conférer une certaine sobriété afin qu’elles plaisent au plus grand nombre.

Puis, la nécessaire personnalisation pour ne pas rouler sur la moto de tout le monde contribue au commerce et à différencier sa moto. Ainsi apparaissent des routières maquillées comme des camions, des « beurk-chopper ». Mais parfois, de vraies réussites comme les 800 et 1400 Intruder de chez Suzuki et, ma préférée, la Fury 1300 de chez Honda égaient le paysage. Cependant, ne nous emballons pas, elles sortent directement de l’usine et n’ont jamais vu un fond de garage, un chalumeau ou un quelconque outil destiné à faire du « To Chop » !

 

Le cinéma et la télévision promeuvent aussi le chopper.

Le plus connu des épisodes cinématographiques du chopper est le célèbre « Easy Rider » (1969), durant lequel Peter Fonda et son acolyte Dennis Hopper (Wyatt et Billy) abattent les kilomètres sur leurs choppers en direction du carnaval de la Nouvelle Orléans. Sur leur parcours, ces dealers rencontrent la communauté Hippie en décalage avec la société américaine de l’époque.

Autre film, plus contemporain celui-là « Ghost Rider », avec Nicolas Cage. Perso, je ne suis pas fan de cette adaptation de Marvel Comics. Néanmoins, je veux bien vendre mon âme au diable pour un flirt avec Eva Mendes.

La télévision participe également à la mise en lumière du genre. La série « Américan Chopper » relate la vie de Paul Teutul et de ses proches au début des années 2000. Spécialisés dans la fabrication de choppers sur mesure, ils vont devancer les premières émissions de télé-réalité en dévoilant l’intimité de leur famille sur fond de fabrication de bécanes hallucinantes. Ils occuperont le petit écran au moins une dizaine d’années.

Le chopper est-il une tendance du passé ?

Certainement pas, même dans une vieille Europe qui pour l’instant vit un épisode néo-rétro. Certes, nous avons plus de chance de trouver l’esprit du chopper originel dans un pays côtier aux longues lignes droites que vous connaissez tout autant que sa bannière étoilée ou dans l’une de ces gigantesques concentrations de mâcheurs de chewing-gums. Néanmoins, la tendance est toujours présente en Europe. Ces dernières années au cours de mes périples de baroudeur en Ile-de-France (que d’aventures !), je suis tombé complètement coi devant des pièces d’orfèvrerie, je pèse mes mots, qui permettent d’affirmer que cette tendance d’outre atlantique est éternellement belle. Car n’oublions pas l’essentiel, un vrai chopper est passé par l’étape « To Chop », ce qui en fait une pièce unique.

Pour les fondus de chopper la page faceboock « A– Chopper France » permet de prolonger cette passion. Les passionnés de mécanique du « to chop », quant à eux, iront sur le site « Dragon Choppers – Authentic Riders » pour se procurer les pièces nécessaires à leur projet. Pour les historiens du chopper, Paul d’Orléans a sorti un magnifique ouvrage en 2018 sur le Chopper et la Kustom Culture.