Les blousons historiques de la moto

 

 

Eloge d’un siècle passé, du coton enduit et du cuir 

 

Posté en 2018-09

 

Dans ce post, le blouson historique est un vêtement créé spécialement pour la moto dans les années 1930 et avant. 

Dès le Paléolithique, le cuir est le vêtement de protection par excellence et l’homme puise au travers de ses croyances la force de la bête dont il porte la peau. Plus tard, on retrouve ce cuir bardé de métal dans la cuirasse des soldats grecs. Il est ensuite un accessoire et un vêtement à part entière de la panoplie du garçon vacher du Far-West. Par la suite, il est introduit dans le monde de la moto, toujours en raison de ses vertus protectrices. 

Pour autant, le cuir n’est pas la matière originelle du vêtement de moto. Il est devancé dans les stands des circuits de l’époque par le coton enduit. 

Belstaff

 

Les vêtements de protection de la marque sont conçus pour et connus par les motards, dès le début des années 1920, mais de façon confidentielle. C’est le révolutionnaire argentin Ernesto Guevara qui, en 1951, assure la promotion de la marque. Il porte une « trialmaster » qui est une veste ceinturée, à 4 poches, avec laquelle il parcourt l’Amérique du Sud au guidon de sa 500 Norton. Par la suite, Steve McQueen est à son tour séduit par la marque, ainsi que le génial pilote irlandais, champion de trial des années 60 : Sammy Miller.

On note donc que, si aujourd’hui la marque produit des articles en cuir, ses premières vestes étaient en coton enduit. 

 

Après des difficultés financières dans les années 1990, la renaissance de la marque au Phénix, créée par Eli Belovitch et Harry Grosberg en 1924, est due à l’arrivée d’un ancien champion de superbike italien (Franco Malenotti). Ce fils de producteur va utiliser le cinéma hollywoodien pour promouvoir la marque. 

 

Les modèles en cuir emblématiques sont alors remis à l’honneur, notamment le blouson d’aviateur de Leonardo Di Caprio dans « Aviator », le trench gothique de Johnny Depp dans « Sweeny Todd », ou encore la veste de motard de Tom Cruise dans « la Guerre des mondes », sans oublier Indiana Jones, bien entendu.

Barbour International

 

« Barbour » est une société ancienne créée par l'écossais John Barbour, en 1894, à South Shields, près de Newcastle. Elle importe des toiles cirées pour en faire des manteaux destinés aux marins et aux dockers de l'époque afin de les protéger de la pluie. 

 

Ce n’est qu’en 1936 que Duncan Barbour créait une entité spécialement dédiée aux motocyclistes, à l’occasion de l’épreuve « International Six Days Trial », d’où son nom « Barbour International ». 

Cette filiale fournit toutes les équipes britanniques de moto pendant longtemps. En 1964, elle devient même l’équipementier officiel de l’équipe de moto des USA, dans laquelle figure Steve McQueen (toujours là celui-là !) et le cascadeur Bud Ekins.

 

« Barbour International » est aujourd’hui la marque par excellence de la moto vintage, plutôt spécialisée dans les cotons enduits que dans les cuirs. Elle ne représente qu’une activité marginale dans l’industrie « Barbour ».

Schott

 

En 1928, la société « Beck Distributors » est installée à Long Island. Elle distribue la marque « Harley-Davidson » qui souhaite un blouson protecteur en cas de chute. Elle passe alors une commande à Irving Schott et à son frère, fils d’immigrants russes, qui possèdent une usine de fabrication de vêtements depuis 1913, qui existe toujours aujourd’hui. Ainsi est né le premier véritable blouson de cuir conçu pour la moto, taillé dans un cuir de cheval épais. 

Le Perfecto est une série spéciale des blousons Schott. Il porte le nom des cigares préférés d'Irving. Il se caractérise par une fermeture éclair excentrée sur le devant et d’énormes boutons à pression. Une chaînette est prévue pour sa préhension avec des gants et des soufflets d’aisance placés sous les bras améliorent la facilité de mouvement. Une ceinture à la taille et une petite poche, conçue pour la menue monnaie et fermée par pression, complètent la pièce. Sa coupe est ajustée et il est doté d’un dispositif de fermeture sur chaque manche. 

Outre ses qualités intrinsèques, sa promotion se fait au travers du cinéma, grâce notamment au film « L'équipée sauvage » avec Marlon Brando, en 1953, la « fureur de vivre », avec James Dean ou encore « Easy Rider », en 1969. 

Le blouson aviateur

 

Au début des années 30 apparaît un autre blouson chez les bikers. Il vient du paquetage des membres de l'armée de l’air américaine qui souhaite protéger ses pilotes des aléas climatiques. Ce blouson devient également un accessoire cinématographique dans la série « Les têtes brûlées », le film « Top Gun » et autres pellicules du genre. 

 

Du fait de sa tenue pérenne et de ses caractéristiques, le blouson mute naturellement vers la moto. De plus, son style rétro correspond aussi bien aux customs qu’aux machines néo-rétro actuelles qui ont le vent en poupe en ce moment.  

Le blouson du biker

 

Dans un 1er temps, le cuir devient le vêtement indispensable à la protection du biker. Il supplante la veste de coton enduit grâce à ses progrès réalisés en matière de protection thermique ou de résistance à l’abrasion*, bien aidé en cela par les exigences de ses commanditaires, notamment l’armée. Même la police motorisée américaine porte le Perfecto, marqué et identifié « Police ». Le blouson de cuir est alors associé au motard, sans aucune connotation péjorative.

 

Dans un 2ème temps, le biker est impliqué dans des évènements peu glorieux, notamment l'épisode d’Hollister (voir Biker & Club). 

La presse exagère cet épisode et génère dans l’opinion publique l’idée complètement négative du biker « outlaw », à l’esprit aussi noir que son blouson. Ainsi s’opère la mutation de l’image d’un blouson de cuir, simple vêtement de moto, vers celle de l’uniforme d’un mouvement contestataire porté par de Bad Boys. Savamment orchestrée par la presse au début, cette image va trouver un relais auprès de clubs motocyclistes, tels que les Bandidos ou encore les Hell’s Angels qui personnalisent le Perfecto avec leurs couleurs, notamment avec le sigle « 1% » désignant les clubs hors la loi.

 

Blouson vêtement ou symbole ?

 

Cette image acquise est une aubaine pour le cinéma des années 50/60 qui va marier définitivement l’idée de mouvements hors la loi et contestataires avec le blouson de moto. Le blouson n’est plus un vêtement de moto, il échappe à son univers originel et devient le symbole de la violence et de la rébellion qui alimentent des bandes de jeunes français dans les années 1960 : les blousons noirs. En matière de contre publicité, on peut également citer les punks, même s’ils constituent un épiphénomène. Le blouson de moto est aussi prisé dans le monde du rock, où, heureusement, seul le symbole prévaut. Les Beatles, les Rolling Stones ou encore Vince Taylor en sont les  principaux vecteurs, plutôt dans le style « drogue, sexe et Rock’n roll ». 

Heureusement, il n’y a pas que la musique qui adoucisse les mœurs et les idées. La mode va transformer et édulcorer cette image de symbole négatif qui stigmatise le blouson de moto. Elle va projeter ce blouson, plus particulièrement le Perfecto, qui est devenu le signe de reconnaissance de groupes divers adhérant à un courant idéologique refusant la société telle que la propose les années d’après guerre, dans un univers plus esthétique, voire plus sensuel (petits coquins). C’est ainsi qu'aujourd'hui, il revêt tous les styles et il ceint tous les genres. Si le Perfecto, presqu'un siècle après sa création est toujours derrière les vitrines de nos magasins préférés, c'est parce qu'il est intemporel. 

(*) : les capacités de protection du cuir contre les intempéries sont largement dépassées par celles de matières plus modernes, plus légères, plus confortables et surtout beaucoup moins coûteuses. 

Néanmoins, dans le domaine de la résistance à l’abrasion, le cuir est toujours d’actualité comme en témoignent les règles régissant la sécurité des pilotes professionnels sur circuit qui ne peuvent porter que des combinaisons en cuir pour les protéger durant les longues glissades qui suivent les chutes avant arrêt sur des aménagements de sécurité.

Aspects pratiques

 

Amélioration du cuir

 

Outre les protections que l’on peut incorporer dans un blouson afin de préserver son dos, ses coudes et ses épaules, il existe une technologie « Cool System » développée par la société allemande « TFL ». Elle consiste à intégrer au blouson, au stade de sa fabrication, des colorants et des pigments spéciaux qui jouent sur la réflexion du soleil à la surface du cuir et donc sur la chaleur résultant du rayonnement thermique. Ce traitement serait assez efficace et permettrait d’obtenir des différences thermiques pouvant aller jusqu’à 20 °c entre les pièces traitées et celles qui ne le sont pas. 

 

Entretien du cuir

 

Imperméabilisez le blouson avant utilisation. Testez sur une partie cachée du blouson avant de traiter tout le vêtement et renouvelez l'application tous les ans. Pour les cuirs gras (vachette ou buffle) cela évite que votre blouson ne déteigne sur un vêtement lorsqu’il est neuf.

Rangez soigneusement votre cuir sur un cintre. Posé en tas ou accroché sur une patère, il se déforme et des plis peuvent apparaître. Ne pas utiliser de housse en plastique, le cuir a besoin d'être à l'air libre, mais pas en plein soleil qui le dessèche, le craquelle et affadit ses couleurs. 

Nettoyez le blouson avant de nourrir son cuir. Un lait d'entretien - personnellement j’utilise du lait pour bébé - appliqué sans nettoyage risque de fixer la saleté. Utiliser un coton humide et du savon, sans trop frotter, laissez sécher à l'air libre sur un cintre.

Hydratez votre cuir en début et en fin de saison car c’est une matière naturelle qui peut se tache, se dessécher, se fissurer ou se déformer.

Ne jamais le cirer car les cirages bouchent ses pores jusqu’à le faire craqueler. Utilisez des crèmes ou laits adaptés au type de cuir de votre blouson : vache, cheval, agneaux, etc. 

Versez de petites quantités de lait sur le coton, que vous étalez par mouvements circulaires sur toute la surface du blouson, en changeant le coton dès qu'il est sale. Passez ensuite un chiffon doux sur le cuir après séchage. Sachez que le cuir de buffle ne se graisse que légèrement.

Enlevez une tache sur votre blouson de cuir, sans le gratter pour éviter des traces et griffures. Le lait nettoyant ou la crème d'entretien pour les cuirs lisses peut suffire.

La terre de Sommières peut être appliquée sur la tâche pendant 24 heures pour les cuirs de buffle ou de porc, si la technique précédente est inefficace. Ses propriétés d’absorption effacent les tâches grasses sans laisser d'auréole. Pour les traces blanches apparues du fait de l'humidité un chiffon légèrement mouillé suffit.

Séchez votre cuir mouillé. Essuyez-le avec un chiffon et mettez-le sur un cintre. N’utilisez aucune source de chaleur pour accélérer le séchage, elle ne fera que durcir la peau du blouson. Une fois bien sec, réitérer une opération d’imperméabilisation.

Lavez la doublure de votre blouson avec un chiffon et de l'eau savonneuse. Frottez la doublure avec le moins d'eau possible et rincez avec un chiffon tiède en évitant de détremper le cuir, puis laissez votre blouson de cuir sécher à température ambiante sur un cintre.