Café Racer, simple style ou mouvement ?

 

Société  

Angleterre, fin de années 1950, début des années 1960, au cours d’une période pendant laquelle tous les efforts sont concentrés sur la reconstruction et le développement économique d’après guerre.

En présence d’une jeunesse insouciante, issue de la classe moyenne ou défavorisée qui travaille au rétablissement d’un pays meurtri par la guerre et exprime plus un besoin d’évasion, qu’une contestation globale des mœurs de la société.

En cela, ce mouvement diffère de celui des bikers américains, 10 ans auparavant, dont les rangs sont grossis par des hommes en manque de repères, éprouvant des difficultés de réinsertion dans la vie civile à l’issue de la guerre.

A l’instar des bikers d’outre-Atlantique des années 1950, cette jeunesse génère des épisodes de violence avec ses Cosh Boys ou ses Teddy Boys (mauvais garçons).

Le plus connu de ces épisodes se déroule le 18 mai 1964, à Brighton et dans les villes côtières avoisinantes. Il oppose les Mods et les Rockers dont la pierre d’achoppement, ô combien vitale, est l’orientation musicale et vestimentaire.

Les Mods sont de gentils garçons de la ville pour lesquels l’esthétisme et le modernisme sont élevés au rang d’idéologie. Ils donnent naissance à un mouvement baptisé « way of life ». Ils circulent en scooter, moyen de locomotion le plus adapté à leur façon de s’habiller, très chic, parfois en costume et ils adorent le Modern Jazz.  

Les Rockers sont d’anciens Teddy Boys, vêtus de blousons de cuir, de jeans et de bottes. Ruraux ou rustiques, selon le cas, ils considèrent les mods comme des mondains apprêtés et efféminés. Ils se déplacent en moto, écoute du Rock américain.

Les membres des deux camps sont accrocs à la matraque et au couteau de poche. Les mods sont plus raffinés avec leur fameux hameçon caché dans la doublure de la parka. Ces bandes s’affrontent régulièrement dans la rue au moindre regard insistant.

La jeunesse des deux clans tire son énergie d’une importante consommation de café, d’amphétamines, des pilules de purple heart (ne pas confondre avec la médaille américaine récompensant les combattants) et autres cachets leur permettant de passer les nuits à danser et les journées à travailler.

L’alcool n’est pas le breuvage à la mode car bien souvent les établissements fréquentés ne disposent pas de licence.

Environnement du Café Racer

Ce sont les rockers qui vont l’initier, il repose sur un curieux mélange de rock, de mode et de moto.

 

Musique

Le Rock and Roll est une musique pour délurés, dont la diffusion reste confidentielle sur les ondes à cause de la censure. A l’époque, c’est le Rockabilly américain qui plait.

Pourtant, je ne sais si c’est flatteur au regard de la définition de madame Wikipédia. Le terme Rockabilly est la contraction de Rock et de Hillbily (colline). Il désigne un membre de la population rurale et blanche des collines, un campagnard. En français, on pourrait dire un plouc.

Le Rockabilly est donc une sous-culture du Rock and Roll, générée par des sudistes blancs et ruraux dans la région de Memphis, au début des années 50. Il mélange la musique Country des blancs, le Blues des noirs, ainsi que le Rock and Roll du Nord du pays.

On peut aussi y inclure d’autres influences telles que le Boogie-Woogie, le Rhythm’n’Blues et le Rockin'Blues. C’est l’occasion pour la guitare électrique de remplacer le violon et pour la contrebasse de s’imposer définitivement dans le Rockabilly.

 

Mode vestimentaire

Ce style musical se développe conjointement avec une mode vestimentaire assez soignée, comparativement à celle des bikers américains, impulsée par les vedettes de l’époque, dont Elvis Presley, Tony Curtis, Marlon Brando ou encore James Dean.

Apparaissent alors de jeunes rebelles coiffés d’une extravagance capillaire, digne de la choucroute d’Yvette Horner, ou de la mèche de canard Trump, autant masculine que féminine, je parle de l’inénarrable Banane.

Les vêtements viennent de la moto et du monde du travail (autre entité contestataire), il s’agit du perfecto et du jean généralement portés avec un simple teeshirt blanc ou une chemise et une écharpe.

Pour les femmes, le Dress Code est très Swing, très aérien. Tellement aérien que la jupe se soulève lors de danses endiablées, laissant apercevoir jambes et culotte, au grand plaisir des bitocéphales et au grand dam des grenouilles de bénitier de l’époque. Les filles portent aussi des vestes et des chemises en jean, ainsi que des pantalons. La panoplie est complétée par le bandana noué dans les cheveux ou autour du cou.

La moto, un moyen de transport

L’autre passion de cette jeunesse est la moto qui est alors un moyen de transport d’un coût plus accessible que la voiture. En outre, son achat est favorisé par l’apparition et le développement du crédit à la consommation.

Initialement, ces engins sont pour la plupart des motos basiques fabriquées par des constructeurs anglais (Norton, triumph, BSA, Ariel, Matchless, Royal Enfield, etc.) qui vont devenir des hybrides. Je ne parle pas d’écologie, mais plutôt d’un mélange du meilleur des différentes marques effectué dans un objectif de performance.

 

Le style Café Racer

La moto Café Racer est celle du coureur de café et mérite pleinement le qualificatif de custom. Monoplace, cette moto d’égoïste au style très dépouillé est issue de transformations parfois très importantes, touchant aussi bien sa mécanique que sa robe qui, quelquefois, ne bénéficie d’aucune finition.

Ainsi, la Triton de l’époque est construite sur la base du moteur de la Bonneville de chez Triumph et du cadre de la Norton Featherbed. La Tribsa, moteur Triumph sur cadre B.S.A, fait également le bonheur des bourses moins garnies. Une fois acquise et boostée, la moto est détournée de sa vocation initiale pour être engagée sur des courses.    

En journée, lorsque les bars sont fermés, ces courses ont lieu sur circuit. On les appelle Short Racer ou Short Circuit du fait de leur durée réduite à quelques tours. Le soir venu, à la fermeture des circuits, ces courses se déplacent en milieu urbain, dès l’ouverture des cafés.

Un style unique

Les anglais ne font rien comme les autres et si les transformations se rapprochent de celles des Bobbers ou des Choppers américains apparus dans les années 1950, la comparaison s’arrête là. Sur le Café Racer les jambes ne sont pas avancées, le guidon est en position basse. Parfois, des poignées-bracelets sont montées directement sur la tête de fourche. La position obtenue, penchée en avant, est destinée à se protéger du vent et accroitre la précision directionnelle.

Ces motos sont également adaptées à leur terrain d’évolution. Le Café Racer dispose d’une garde au sol plutôt haute et d’un gabarit fin et léger. Maniable et joueur à souhait, il est fait pour arsouiller sur les routes anglaises. A l’inverse, les machines made in U.S.A, à la posture basse, lourde et ultra-puissantes sont préparées pour les longs rubans d’asphalte rectilignes.

Ainsi, les modifications apportées font du Café Racer l’engin idéal pour répondre au défi de la vitesse, mais au détriment du confort de son pilote bien entendu. Parfois, cette moto survitaminée atteint 160 km/h, ou 100 miles par heure en unité anglaise (ne pas confondre avec le mille par heure qui est l’unité américaine), ce qui est remarquable pour l’époque. Ce seuil de vitesse est appelé « ton » (la tonne) et celui qui parvient à l’atteindre un Ton-Up Boy.

Le mouvement Café Racer

Le Café Racer est bien plus qu’un style ou une catégorie de moto, c’est aussi un mouvement British du début des années 1960.

L’histoire ne précise pas si ce sont des fans de Rock qui sont venus à la moto ou si ce sont des oreilles de motards qui sont devenues sensibles au rock, mais ce mouvement se propage assez rapidement à d’autres pays européens possédant une culture moto et notamment l’Italie.

Néanmoins, son épicentre se trouve de l’autre côté de la Manche. Là où le Ton-Up Boy se rend dans un Roadside Café, qui est un point de restauration pour routier. Ces points fleurissent sur les nouvelles routes qui contribuent à l’essor économique de l’Angleterre par le transport de marchandises.

Cliquez --> L' Ace Café London

Situé sur le périphérique Nord de Londres, il est le lieu de rendez-vous des fondus de moto et de Rock. Construit en 1938, ouvert 24 heures sur 24, il est équipé d’un poste de distribution de carburant dès 1939. Détruit partiellement pendant la guerre, reconstruit en 1949, il ferme ses portes en 1969, en raison de l’essor de la voiture et de la redistribution du réseau routier Londonien.

Il reste néanmoins le lieu historique où débutent les courses urbaines. Il peut s’agir d’une course entre deux cafés, d’où l’appellation Café Racer. Mais aussi, d’une course sur un parcours déterminé autour ou à proximité d’un café qui est le lieu de départ et d’arrivée. Cette course est alors appelée Record Race, car sa durée est limitée au temps d’une chanson qui passe sur le juke-box du café (3 à 5 minutes à l’époque).

L’enjeu de ces courses est dérisoire et se limite à une tournée, mais cela n’empêche pas de nombreux accidents, souvent létaux, lors de ces défis de vitesse pendant lesquels on roule à tombeau ouvert.

Des clubs Café Racer naissent, les plus anciens sont le Rockers, le Ton-Up Club Boys. Le Ace Café London Club n’apparaitra que plus tard, tout comme le fameux Triton, dans les années 1990. Ces associations restent cantonnées, en règle générale, à la promotion ou au maintien du mouvement. Ce dernier n’est pas transgressif, même s’il ne respecte pas tous les codes de la société traditionnelle et notamment le code de la route.

Dans la France des années 1960, le rendez-vous de la sphère Café Racer est la brasserie parisienne Le Bouquet, à proximité de la nationale 20 permettant de gagner la vallée de Chevreuse rapidement, lieu de nombreuses arsouilles.

Aujourd’hui

Le mouvement Café Racer intègre d’autres motos que les anglaises originelles. Des italiennes, des allemandes, mais aussi des japonaises et des américaines tout à fait récentes enrichissent le genre.

Le Café Racer originel à quasiment 60 ans. C’est pour cette raison qu’on le qualifie de Vintage ou de Revival. Assez exclusif, ambiance de garage et de pièces dépolies à son début, le style s’embourgeoise. Il est maintenant plutôt chic, plutôt esthétique, avec des rappels au code vestimentaire d’origine par le biais de vêtements modernes, confortables et surtout très chers.

La mécanique de base est dite Néoclassique ou Néorétro. Plus besoin de bidouiller pour aller vite car les bécanes sont des copies d’usine des modèles d’antan.

Ceci dit, on reste dans le style européen, le Café Racer ne vient pas des U.S.A. et son évolution ne copie rien. Peut être peut on reprocher aux contructeurs tels que Triumph, Ducati, Norton, Honda et autres, de marquer cette évolution du sceaux du commerce, mais business is business !

Attention cependant de ne pas heurter les puristes en confondant les différents types de customisation.

Ainsi, le Café Racer est dédié aux courses entre cafés, à ne pas confondre avec le Scrambler qui est une adaptation venue du tout-terrain. Ne pas confondre non plus le Café Racer avec le Chopper (to chop pour couper) et son cadre coupé. Enfin hérésie suprême, ne jamais le confondre avec le Street-Tracker, résultant de la transformation d’une moto conçue pour piste sur terre (Dirt-Tracker) afin d’arpenter les rues de nos cités modernes.

Alors pas de gaffe, svp, ou alors vous ne dîtes pas que vous avez lu Mesamiscustom !

Malgré l’arrivée de ces modèles, ersatz de Café Racer, le style persiste. Il est même relayé par une presse spécialisée, sans oublier les clubs d’afficionados tels que : Mécatwin, Club 59 France, Moto Martin, Club Triton France, Café Racer Club, etc.

On peut simplement se demander si l’esprit originel est toujours là.

La genèse du Café Racer résidant autrefois dans la transformation d’une moto basique pour faire couler les pompes à bière, il n’en est plus de même aujourd’hui. Le terrain de jeu adéquat, en milieu urbain, est plus difficile à trouver car la maréchaussée veille et la sanction est devenue trop lourde par rapport à l’enjeu dérisoire. Il ne reste donc plus que le circuit pour faire monter les watts.

Sans oublier, les lois castratrices relatives à la sécurité et à l’environnement, donc à l’homologation des modèles, qui sont plus strictes maintenant.

A l'heure actuelle, pour faire un Café Racer sans déroger à ces contraintes, vous ne pouvez pas modifier les caractéristiques de la carte grise, sous peine de perdre l’homologation du véhicule, comme le stipule l’article R.322-8 du code de la route. Et, d’une manière générale, il faut utiliser des pièces homologuées CE, lorsqu’il est procédé à une substitution.

En tout cas, l’espoir demeure !

Grâce à Mark Wilsmore, le Ace Café London est rouvert quotidiennement depuis 2001. L’idée de cette réouverture a germé lors de la célébration du 25è anniversaire de sa fermeture et après quelques péripéties, ce lieu de rendez-vous pour passionnés fonctionne à nouveau.

Posté : 2018 - 11

 

(sources : acidmoto.ch – Wikipédia – Caradisiac – Moto Journal – Moto Anglaises.com – Britishcustoms.com – Blitz Motorcycles – Club 59 Section Française – article Claude Speisser de 1965)