Les marais de l'Ouest

Le président du Breizh Riders, club de fiers bretons résistant encore et toujours à l’envahisseur, annonce sur un forum que le ride organisé le dernier weekend de septembre dans le parc régional de Brière et les marais salants de Guérande est ouvert à un public extérieur. Merci Président !

 

Direction la Bretagne 

 

Samedi matin, bagages faits, direction le département du Morbihan. Le GPS est programmé pour un trajet sans autoroute et sans péage.

Parti de la région parisienne à la fraîche, je dois retrouver un couple d’amis en provenance de la Suisse-Normande (Saint-Rémy-sur-Orne) qui participe également à l’aventure.

Car partir ou revenir de Bretagne, ce beau pays peuplé de bretons, certes, mais aussi de pelophylax kl. Esculentus, est toujours une aventure climatologique risquée à cette période de l’année.

Et ce samedi ne fait pas exception à la règle. Passé Verneuil, le ciel s’assombrit et commence à pleurer des flaques d’eau. La buée opacifie la visière du casque, la selle fait office de cuvette de rétention, tout baigne !

Sans doute, les dieux, lassés par mes turlupinades que la décence et la possible lecture de ce post par ma femme m’interdisent de vous dévoiler, m’ont-ils abandonné.

Pas longtemps malgré tout car le déluge s’arrête au bout d’une trentaine de kilomètres.

 

Mayenne

 

Je retrouve mes amis normands après avoir profité du marché sous le soleil enfin revenu. A « l’Air de Famille », restaurant local que je vous conseille, nous engloutissons quelques galettes de sarrasin et de blé noir accompagnées de bolées de cidre, en guise de déjeuner. Rassasiés, nous prenons ensuite la direction de notre lieu de villégiature à La Gacilly.

 

La Gacilly

 

Traversée par l’Aff, réputée pour la pêche de ses poissons carnassiers tels que la perche, le brochet, le sandre ou la silure, La Gacilly est fortifiée dès le 6ème siècle. La Châtellenie appartient à de grandes familles seigneuriales bretonnes jusqu'à la révolution, notamment, en 1465, à Françoise d'Amboise, épouse de Pierre II, duc de Bretagne.

Outre son riche passé historique, elle entretient également un rapport privilégié avec l’un de ses célèbres enfants : Yves Rocher.

Ce dernier y ouvre son premier laboratoire de cosmétique végétale en 1959, dans le grenier de la maison qui le voit naître en 1930, avant de développer le groupe industriel que nous connaissons aujourd’hui, sur le concept de la beauté par les plantes.

A notre arrivée, nous prenons le temps de vivre les derniers moments du festival photos qui s'étale sur plusieurs mois et dont la 1ère édition remonte à 2003. Cette année, c'est le thème « Viva Latina » qui est retenu et qui nous permet en flanant dans les rues de voyager en Amérique du Sud.

On découvre également avec ravissement les ateliers d’artisans locaux, juste le temps de nous mettre en appétit avant un dîner entre amis.

La fin d’après-midi et la soirée ne sont que moments de plaisir et de convivialité en présence d’Olivier, président du Breizh Riders, que nous n’avions pas revu depuis notre ride autrichien de 2018, ainsi que d’anciens franciliens partis se réfugier en Bretagne pour trouver la quiétude et la sérénité.

 

Départ du ride

 

Dimanche matin, à Redon vers 10h00, avec l’un des groupes participant à la sortie du jour. La journée s'annonce ensoleillée pour un parcours au cours duquel  nous allons découvrir des marais couvrant les départements du Morbihan et de la Loire Atlantique.

Nous retrouvons alors avec grand plaisir d’autres têtes connues lors de différents rides. Pas de bisous, covid oblige, et nous prenons la direction d’un typique hameau briéron : Kerhinet.

Avant le départ, Olivier n'a pas manqué de rappeler les consignes de sécurité car le groupe, ce jour, est constitué de 36 motos.

 

Le tiroir

 

La progression se fait selon la méthode du « tiroir ». Le leader indique par geste à son suivant immédiat de s’arrêter momentanément sur le bord de la route, à la sortie d’un carrefour ou d’un giratoire, afin d’indiquer la direction à prendre aux participants qui ont perdu le contact avec le groupe en raison de la circulation.

 

Lorsque le serre file arrive, reconnaissable à son gilet fluorescent jaune, le rider mis à l’arrêt pour donner la direction reprend la route juste devant lui. Et l’opération se répète ainsi autant de fois que nécessaire.

 

Un peu septique au départ, je dois reconnaître l’efficacité de cette méthode qui permet de ne perdre personne en route et de ne pas bloquer la circulation pour faciliter le passage du "train".

 

Kerhinet

 

Ainsi, nous arrivons à Kerhinet, en bordure du parc naturel régional de Brière. Ce hameau de la commune de Saint-Lyphard est constitué de 18 chaumières traditionnelles entièrement restaurées. Les deux fours à pain, le puits et le lavoir participent au folklore local.

On peut aussi y voir une exposition sur la faune et la flore du parc naturel, ainsi que les produits des artisans et des producteurs locaux sont mis en valeur tous les jeudis de l’été, lors du marché du terroir.

 

 

Nous y retrouvons le second groupe de participants parti de la concession Indian de Montgermont, à la périphérie de rennes.

Nous prenons le temps d'une petite visite pour découvrir ce hameau typique.

 

Puis, quelques effusions, rires, cafés et discussions animées plus tard, la douce mélodie des moteurs réjouit de nouveau nos oreilles. 

 

Le marais de Brière

 

Nous sommes alors sur les routes carrossées parcourant le marais de la Grande Brière, l’un des plus grands de France (40 000 hectares), en direction d’un restaurant de Saint-André-des-Eaux.

Ce sont les amas d’alluvions de la Loire qui ont permis la création d’une immense tourbière de laquelle émergent sept îles.

Les barques à fond plat (chaland ou blin) sur lesquelles on parcourt les curées (canaux) et les piardes (plans d’eau) permettent de découvrir ce « Pays noir », ainsi baptisé en raison de la couleur de la tourbe.

Mais aussi de s’émouvoir devant les nénuphars et les iris, devant différentes espèces d’oiseaux, notamment des Hérons, des busards, des sarcelles, etc..

Les chaumières sont couvertes par une toiture de joncs. La tourbe sert de combustible, les oies et les canards élevés dans les prairies n’imaginent pas un instant qu’ils finiront dans nos assiettes. Et n’oublions pas la « morta », ce bois de tourbière dont la formation est liée à sa conservation partielle dans un milieu anoxique (sans oxygène) qui sert à fabriquer des manches de couteaux, nous rappelle Olivier.

 

Déjeuner à « La loge Briéronne »

 

Ce qu'il y a de bien lors d'un ride à moto, c'est la pause-déjeuner. Autant pour l'estomac qui crie famine par d'horribles gargouillis, que pour la vessie qui est gonflée à 15 bars (prostate ô prostate, quand tu nous tiens !).

Le déjeuner est d’un bon rapport qualité prix et les portions sont conséquentes.  Le nombre limité de plats laisse à penser que nous ne mangeons que des produits frais.

Les discussions bruyantes et joyeuses se font en anglais et en français. Les sujets sont divers et variés, traitent du dernier moteur deux litres de l’Indian Elite, du meilleur whisky du monde et de son procédé de fabrication, ou raniment les meilleurs souvenirs de rides et manifestations antérieurs. Mais le sujet qui emportent les passions consiste à savoir si les Mariligériens sont bretons ou pas.

 

Les marais salants de Guérande

 

Une fois le café avalé, nous prenons la direction des marais salants qui constituent une immense zone de 2000 hectares environ. Le paysage est d’un autre monde sur les routes de ce site protégé scindé en deux parties.

La première partie, les marais salants du Mès, alimentés en eau par le Traict de Mesquer, couvrent environ 350 hectares sur les communes de Mesquer, Quimiac, Saint-Molf et Assérac.

La seconde partie est notre destination. Les marais salants de Guérande, sont les plus importants et les plus anciens des deux, la réalisation de ses dernières salines date des années 1800. Alimentés par le traict du Croisic, ils couvrent 1650 hectares sur les communes de Batz-sur-Mer, Guérande et La Turballe.

Même si nous n’avons pu le constater, les marais changent de couleurs. Gris clair le matin, blanc lumineux au zénith, ils deviennent violet au coucher du soleil.

Le paludier y récolte le sel d’après une technique ancestrale antérieure au 19ème siècle consistant à faire transiter l’eau de l’océan par une succession de bassins aménagés.

Lors des grandes marées, il remplit d’abord une vasière qui est un bassin d'évaporation, par un système régulé de canalisations naturelles. Cette vasière fait aussi office de réserve et de bassin de décantation dans lequel les particules en suspension se déposent.

Débarrassée de ses impuretés, l’eau est amenée par la pente dans le cobier, le fard et l’aderne. Ces bassins d’évaporation servent aussi de réserve pour alimenter le dernier bassin de la chaîne, l’œillet, dans lequel se récolte le sel.

Outre, les paludiers en action, vous pourrez aussi y apercevoir au bout de votre longue vue et de votre patience, l’avocette élégante, l’échasse blanche, le chevalier gambette, le héron cendré ou encore l’aigrette garzette.

Nous profitons de notre passage pour faire une halte à la coopérative Terre de Sel pour des achats et pour nous informer de la façon dont le sel est récolté.

A savoir également que la visite des marais salants est possible. Les groupes parcourent ainsi les marais "pédibus jambus", accompagnés par un guide qui explique la récolte du sel, la construction des salines et l'environnement du paludier.   

 

La Roche-Bernard

 

Nous repartons ensuite en direction de La Roche-Bernard terme de notre périple. Nous longeons la côte par les communes de La Turballe, Piriac, Mesquer, St Molff, Assérac, Camoël et Férel. La vitesse modérée nous permet de profiter du paysage sans risque.

Le soleil a déjà amorcé sa descente, une promenade sur le port nous permet d’apprécier un magnifique site, aux couleurs douces et variées.

Après une dernière choppe, les mains s’agitent pour dire « au revoir », mais aussi et surtout « à bientôt ». Puis, chacun repars dans sa chaumière, certains n'ayant pas hésité à venir de loin pour faire cette sortie et retrouver les amis. Mais vu l'ambiance, il est aisé de comprendre pourquoi !   

En résumé, une excellente sortie, très bien organisée par les membres de l’un des clubs parmi les plus dynamiques de l’IMRG. On sait y concilier culture, plaisir de la moto et de la table de façon à satisfaire pilotes et passagers. Mais surtout, un grand moment de partage, riche d’émotions.

Kénavo ar wech all

NDLR : je me suis fait rincer deux fois ce weekend, mais en Bretagne, il faisait beau !

Posté : 2020 - 10

photos : Longbow, Philippe et Soazig, Pascal N. et Olivier